De l’intérêt pour l’entreprise d’utiliser les outils de la performance sportive (4/5)

12 octobre 2022

Ou comment certaines méthodes employées dans le sport de haut niveau à des fins de performance durable, peuvent être appliquées, de manière adaptée, par l’entreprise, avec le même objectif et la même efficacité. Cette quatrième partie (4/5) décrit succinctement des outils complémentaires utilisés dans le sport professionnel pour améliorer la performance individuelle, et leur adaptabilité à l’entreprise, malgré certains freins.  

Par Pierrick GILLET (Coach Lyon) et Sophie BOUVARD – lecture 4 minutes

D’autres outils…

Si l’OMSAT permet d’évaluer les principales habiletés mentales, d’autres tests, comme la version francophone du NASA-TLX1 ou le PSS (Perceived Stress Scale) renseignent sur la charge mentale et sont depuis longtemps employés dans le sport professionnel. L’INRS, dont « la principale ambition est de développer et promouvoir une culture de prévention des (…) maladies professionnelles » tente de déployer ce type de test dans les entreprises2. Mais les outils utilisés par le sport de haut niveau et adaptables à l’entreprise, ne se résument pas simplement à l’évaluation, ils permettent également d’apporter des réponses adaptées à chaque situation. Comment définir de « bons » objectifs ? Comment construire une planification adaptée à la réalisation de ses objectifs ? Comment développer certaines de ses habiletés mentales ? Voici quelques-unes des réponses du monde du sport.

Le modèle T.A.R.G.E.T. d’Epstein, entre autres travaux sur la fixation d’objectifs

L’acronyme T.A.R.G.E.T. résument la théorie d’Epstein (1988) qui avance que l’entraineur (ou le manager…) peut créer un environnement et un climat de maitrise autour de l’athlète afin de favoriser le développement de sa confiance en soi et de sa motivation.

T pour tâches (favorisant l’apprentissage), A pour autorité (participation aux prises de décision), R pour reconnaissance, G pour groupement (créer des interactions développant les compétences sociales), E pour Evaluation (renforçant le sentiment de compétence et l’acceptation de l’échec) et T pour gestion du Temps. Il s’agit d’une sorte de memento à l’usage des coachs pour offrir les meilleures conditions de réussite pour leurs athlètes. Celui-ci peut facilement être adaptés pour les managers d’entreprise.

Le principe de la dynamique des charges de travail

Chaque joueur possède son propre plan d’entraînement, qui se construit en suivant une « dynamique », devant le conduire à la « surcompensation », au moment de la compétition. [Surcompensation = résultat bénéfique du contenu des entraînements et d’une récupération adéquate, c’est-à-dire l’amélioration du niveau des qualités physiques et mentales].

Les qualités physiques et mentales sont les deux dimensions indispensables à la progression et à la réussite, qui se définissent en quantité et qualité. Celles-ci constituent la « dynamique des charges » et nécessitent une adaptation individuelle afin d’obtenir de la progression.

En effet, la répétition d’un contenu identique en tous points (en quantité et qualité) intégrant une récupération similaire pour tous les joueurs d’une équipe entrainerait indubitablement une contre-performance collective et de surcroit une régression individuelle. Cette dernière pourrait induire une perte de motivation, une régression de certaines habiletés et des blessures qui produiraient l’effet inverse à celui escompté. 

Par conséquent, aussi complexe cela soit-il pour l’entraîneur ou le préparateur, les planifications individuelles de chaque joueur, intégrées dans une stratégie collective, permettent d’avoir une vision concrète de la progression de l’équipe.

Le manager doit ainsi parvenir à identifier les points forts, les faiblesses et axes de progression de chaque participant lui permettant de pouvoir les « utiliser » à bon escient au niveau collectif.

L’exercice de la pratique mentale

L’objet de la construction d’images mentales dans la mémoire est de permettre une confusion avec la réalité. Ces images sont élaborées pour déclencher des sensations positives chez la personne qui les a intégrées.

Il est possible de créer des images complétement dissociées de l’activité pour laquelle on cherche à améliorer ses habiletés mentales, ou au contraire les construire à partir de situations professionnelles que l’on rencontre régulièrement.

Ces visualisations doivent permettre de se relâcher, de se relaxer, ou au contraire de s’activer. Et donc de gérer son stress et de tendre vers des actions fluides. Ce qui présente autant d’intérêt pour les sportifs de haut niveau que pour les acteurs cadres de l’entreprise.

Coaching gestion du stress

Pour conclure, nous voyons bien que de nombreux outils utilisés dans le sport professionnel peuvent être facilement adaptés à l’entreprise, aux mêmes fins d’amélioration des performances individuelles et donc collectives.

Pourtant, nous constatons encore certains freins. Le manager, étant lui-même un individu avant tout, peut parfois avoir quelques réticences à utiliser ces ressources individuelles par crainte de stigmatiser ses collaborateurs (ou lui-même), de les faire entrer dans des cases, négligeant l’intérêt profond de pouvoir apporter un accompagnement individualisé à chaque personne de son équipe afin de les faire progresser et de les aider à extraire la quintessence de ce qu’ils peuvent produire ensuite en équipe.

N’est-ce pas le rôle d’un manager d’aider ses collaborateurs à grandir au sein de leur poste afin de se sentir considéré pour ce qu’ils sont individuellement ? N’est-ce pas une source certaine de motivation et d’investissement pour le collaborateur, qui, dès lors qu’il progressera sur son périmètre sera plus à l’aise dans l’échange avec ses collègues et ainsi plus performant collectivement ?

Nous présenterons dans le prochain et dernier article de la série les 2 principaux outils de management utilisés dans le sport professionnel, adaptables (et d’ailleurs déjà adaptés) par l’entreprise.

1https://www.researchgate.net/publication/281036900_Etude_des_proprietes_de_la_version_francophone_du_NASA-TLX

2https://www.inrs.fr/media.html?refINRS=FRPS%204