De l’intérêt pour l’entreprise d’utiliser les outils de la performance sportive (2/5)

28 août 2022

Ou comment certaines méthodes employées dans le sport de haut niveau à des fins de performance durable, peuvent être appliquées, de manière adaptée, par l’entreprise, avec le même objectif et la même efficacité. Cette seconde partie (2/5) définit les compétences communes nécessaires à la performance chez les sportifs professionnels et les acteurs cadres de l’entreprise.

par Pierrick GILLET (Coach Lyon) et Sophie BOUVARD – lecture 6 minutes


Introduction : savoir-faire, savoir-être pour agir efficacement

Dans toute discipline sportive comme dans tout métier, l’ensemble des tâches définissant  le « faire » spécifique et général, est opéré à l’aide des compétences communes nécessaires suivantes : « savoir-faire » et « savoir-être ».

D’abord, l’analyse des tâches accomplies et de la répartition de celles-ci dans un espace-temps défini nous permettra de mettre en évidence les compétences communes nécessaires à la performance.

Ensuite, nous nous attarderons plus particulièrement sur la définition des qualités mentales nécessaires tant aux sportifs de haut niveau qu’aux acteurs des entreprises afin de dépasser les idées reçues et les croyances erronées.

Analyse comparative des tâches et compétences : sport professionnel VS entreprise

Le sport de haut niveau peut être décomposé en 4 étapes principales : entrainement – compétition – récupération – analyse et stratégie. Schématiquement, l’entraînement représente 30% du temps consacré à l’activité, la compétition 10%, la récupération, au moins 50% et les 10% restants à l’analyse et la stratégie.

La dimension physique est évidemment fondamentale dans la performance sportive. Raison pour laquelle la phase de récupération est déterminante pour permettre la surcompensation (principe physiologique suivant lequel le corps, après avoir été « stressé » par des sollicitations neuro-musculaires et cardio-vasculaires importantes, se régénère à tel point qu’il atteint un niveau de performance plus élevé qu’avant les sollicitations, si et seulement si, le temps de repos suffisant et nécessaire est respecté.)

Schéma : principe de surcompensation

Le temps de récupération est donc pris en compte dans le « temps de travail » comme un élément déterminant de l’atteinte des objectifs.

S’il est entendu que les capacités physiques représentent un des facteurs fondamentaux de la réussite pour un sportif de haut niveau, celles-ci ne sont pas le seul paramètre incontournable.

En effet, le niveau d’expertise des gestes techniques ainsi que la répétition des enchainements propres à la discipline permettent aussi au sportif de maintenir et développer son niveau de performance.

Par ailleurs, une organisation dynamique des charges de travail (et parfois des compétitions) pour respecter le principe de surcompensation évoqué précédemment, permet de se maintenir au plus haut niveau possible, tout en possédant une « vision » de l’avenir. Cette vision est nécessaire à l’élaboration de tactiques adaptées à chaque compétition, selon les adversaires et les règles de la discipline sportive en question.

Les compétences mentales telles que la confiance en soi, la motivation, la visualisation positive, la mémoire et concentration, la gestion du stress et l’intelligence émotionnelle constituent également une composante essentielle pour le sportif de haut niveau.

Enfin, la qualité du Management représente le dernier ingrédient sans lequel la recette de la performance individuelle et collective ne pourrait pas être élaborée de manière efficiente. 

Dans l’entreprise, les missions quotidiennes s’enchainement laissant peu ou pas de place et de temps pour prendre du recul sur celles-ci, entre autres choses.

L’estimation du temps d’exécution des tâches correspond schématiquement au temps de compétition chez les sportifs, soit au moins 90% du temps de travail pour les cadres de l’entreprise.

Il arrive ponctuellement que ces derniers puissent consacrer un peu de temps à la stratégie à mettre en place pour améliorer leurs missions mais le rendement attendu et le rythme de travail sont tels que ces prises de recul restent assez rares.

Une autre composante essentielle mais pourtant souvent négligée en terme de temps alloué concerne le développement des compétences existantes, soit par la participation à des formations (continues ou ponctuelles) ou des séminaires, soit au temps consacré à des réflexions individuelles et à de nouvelles expérimentations.

Matérialisé par les congés payés et les RTT, le temps de récupération si fondamental chez les sportifs de haut niveau, n’est pas suffisamment considéré dans l’entreprise comme une composante essentielle de la réussite.

Par ailleurs, peu de temps est alloué à l’analyse ou retour d’expérience des missions effectuées.

Les qualités requises en entreprise peuvent donc se résumer ainsi :

  • La connaissance, l’expertise du domaine d’activités, de l’environnement et de la réglementation, ainsi que la technicité (commerciales, en management, en ingénierie,…).
  • Les compétences en organisation (planning, gestion des priorités) et en stratégie pour s’offrir une « vision ».
  • Des qualités de communication pour les managers
  • La dimension physique, énergétique, nécessaire sans être déterminante.
  • Les qualités mentales (confiance en soi, motivation, gestion du stress, intelligence émotionnelle, capacité de concentration)

Beaucoup de croyances erronées autour du « mental »

Mal explicitée, la question du « mental » oppose ceux qui pensent le « posséder », parce qu’ils ont une grande confiance en eux en toute situation, considérant cet avantage comme quasi-inné ou fruit de l’éducation, et ceux, qui cherchent à le « développer » par le développement personnel, ayant conscience de leur faiblesse.

Dans ces deux représentations, la confiance en soi constitue l’élément central et essentiel du « mental » et par conséquent de la performance tant pour le sportif de haut niveau que pour les salariés d’une entreprise. Il est indéniable que dans un contexte concurrentiel, à compétences techniques et stratégiques égales, la perception qu’un individu a de ses capacités à agir efficacement en toute confiance sera un élément déterminant de la réussite.

La recherche scientifique et le retour d’expérience du monde du sport ont démontré que la confiance en soi n’a rien d’innée.

Elle varie en fonction de la situation, selon l’image que l’on a de soi, notre motivation à agir et les émotions procurées. Pour ceux qui en manquent, elle peut donc se (re)construire ; en travaillant à valoriser sa propre estime, en donnant le bon sens à ses actions et en apprenant à contrôler ses émotions.

Beaucoup de croyances erronées autour du « mental »

Les outils utilisés par les entraîneurs sont nombreux. N’est-ce donc pas intéressant pour l’entreprise de les utiliser pour développer la confiance en soi de ses collaborateurs, dans le cadre de l’exercice de leurs missions ?  

L’autre principale croyance à propos du mental, réside dans la prise en compte de la résistance à la pression (au sens « être poussé à ») et au stress. Pression et stress étant d’ailleurs souvent confondu.

Le monde de l’entreprise, dans sa majorité, pense encore (à tort) que l’utilisation de la pression est un facteur de performance. Quand les résultats ne sont pas au rendez-vous attendu, le manager a tendance à mettre la pression au collaborateur tout en considérant utiliser un outil de performance.

Mais cette stratégie est une erreur car la pression est la majeure partie du temps contre-productive. Le collaborateur va dépenser plus d’énergie à lutter et se protéger de la pression existante qu’à être efficace.

La recherche scientifique a démontré que la pression avait un effet délétère sur la santé et donc sur la performance, ce dont le milieu du sport a connaissance  depuis longtemps. L’objectif étant de se protéger au maximum de la pression pour pouvoir performer au mieux, à la fois à l’instant T et sur la durée.

Le mental, tel que défini précédemment n’implique pas de savoir résister au stress, mais plus efficacement de savoir gérer celui-ci.

En ce qui concerne la résistance au stress, la science confirme qu’elle dépend de l’individu, varie selon les stimuli mais que dans tous les cas, l’exposition sur une longue durée est nocive pour la santé et agit négativement sur la performance.

Pour résumer cette partie, notons que les qualités mentales, l’organisation et la stratégie ainsi que le management collectif (et particulièrement sur la question de la cohésion d’équipe) représentent les habilités communes fondamentales à la performance en entreprise et dans le sport de haut niveau.

Les caractéristiques et compétences communes ainsi définies, la suite de l’article s’intéresse concrètement aux outils de la performance sportive, adaptables à l’entreprise.


Pierrick GILLET, Coach et consultant en efficacité professionnelle
Sophie BOUVARD, Responsable Achat Région Grand Groupe